Transformation linguistique

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Transformation linguistique

Les hommes autant que les femmes prononceraient en moyenne 15 000 mots par jour.

N’importe qui qui travaille dans un département de « ressources humaines » vous dira sans doute que sur ces 15 000 mots, on doit répéter au moins 50 fois les mots suivants : rétention, employés, recrutement, patron, ressources humaines, attraction, pénurie, etc.

J’pu capable!

Ma famille et mes amis pourront témoigner, mais j’ai la fâcheuse habitude de reprendre les gens qui m’entourent quand vient le temps d’erreurs de grammaire. Chaque mot possède sa propre définition, et je trouve dommage de ne pas utiliser la langue française à son plein potentiel. J’appliquais ce principe dans ma vie personnelle, mais depuis peu je l’applique aussi dans ma sphère professionnelle. J’utilisais les mots qu’on m’avait enseignés sans trop porter attention à leur définition primaire… quelle erreur ! Inspirée de lectures, et surtout de ma fidèle partenaire Bénédict, j’ai entrepris un travail de recherche, puis une transformation.

Pourquoi transformation plutôt que changement ?

Le verbe changer est utilisé pour désigner le remplacement de quelque chose et le nom changement désigne souvent quelque chose de nouveau qui est différent de ce que nous avions auparavant. La transformation, quant à elle, désigne un changement complet de quelque chose en une autre chose. Un changement peut donc ne pas spécifier la transformation complète. Dans mon cas, je préfère parler d’une transformation de mon vocabulaire, plutôt que d’un changement.

Les paroles s’envolent…

Sans doute, oui, que les paroles s’envolent. Mais à force d’utiliser les mêmes mots à une fréquence élevée, on finit sans doute par créer une image! Donc les mots peuvent rester eux aussi.

La majorité des mots que j’utilisais ont, après de petites recherches auprès de mon ami Larousse, une connotation plutôt négative. Le plus flagrant vient sans doute de l’expression « rétention des employés ». Non seulement je trouve plutôt dégradant de considérer les membres de mes équipes de travail comme étant des « personnes percevant un salaire », mais le fait d’utiliser le mot rétention me fait avoir un haut-le-cœur à chaque fois.

Action de retenir

Dans un contexte où on cherche à rendre nos entreprises plus attractives, je trouve aberrant qu’on utilise le terme rétention pour parler du fait qu’on veut que nos collaborateurs aient envie de collaborer (et non travailler) avec (et non pour) nous. Dans sa définition pure, la rétention est la mesure coercitive permettant à une autorité publique de retenir une personne pour une durée limitée aux fins d’investigation. Est-ce vraiment ce qu’on veut projeter comme image, une entreprise qui est tellement dépourvue d’espoir qu’elle en vient à retenir ses précieux collaborateurs ? Collaborer avec une entreprise qui innove en matière de rétention reviendrait presque, à mon avis, à travailler pour (dans ce cas-ci, oui!) une entreprise qui possède les meilleures stratégies pour me garder contre mon gré.

Personnellement, en matière de recherche d’emploi, j’ai certains critères bien sûr. En tant que gestionnaire aussi… Mais je préfère m’assurer que tous les collaborateurs soient heureux en leur offrant, dans la mesure du possible et du réaliste, ce qu’ils désirent/ont besoin plutôt que de leur offrir plus que mon voisin pour qu’il ne puisse pas quitter l’équipe sans « perdre » quelque chose.

Rendre heureux

Bénédict et moi adoptons ce vocabulaire depuis plusieurs mois déjà, et forcé d’admettre que l’ambiance est nettement plus agréable. Chaque personne se sent considérée, libre et reconnue.

Employé est devenu collaborateur/collègue/ami
Description de tâches est devenue rôles et responsabilités
Rétention est devenue liberté
Attraction est devenue rayonnement

Et pour finir… ressources humaines est devenue rendre heureux.

Cette transformation a fait une grosse différence dans nos équipes de travail, et sauf un peu de patience, de persévérance et surtout d’explication, elle ne nous a rien coûté.

Marie-Pier Plante

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