Pénurie de quoi?

Blog créatif

Pénurie de quoi?

La pénurie de main-d’œuvre est à l’année 2018 ce que les pattes d’éléphant ont été aux années discos : la grosse mode, oui, mais surtout une situation qu’on aurait préféré éviter!

Les experts sont unanimes sur les solutions à la pénurie de main-d’œuvre : les entreprises doivent user de créativité et d’innovation pour résoudre ce mystérieux problème. Pourtant, je lis toujours les mêmes quatre ou cinq solutions : recrutement international, retraités, intégration socioprofessionnelle, augmentation des salaires, etc. La plus populaire ces temps-ci est sans doute le recrutement international. Une solution qui prend en moyenne 12 mois à donner des résultats et qui nécessitent des ressources incroyables, en temps, en énergie et en argent.

S’y attendre.

Les baby-boomers sont nés entre 1946 et 1966. Prenant pour acquis que la moyenne d’âge pour prendre sa retraite est de 65 ans, il était facilement prévisible de s’attendre à des départs massifs à la retraite dès 2011. J’ai 31 ans et déjà dans mes cours de géographie, d’histoire ou d’économie au secondaire, on parlait de changement démographique. Du fait que la population était en moyenne de plus en plus âgée et que les jeunes ne suffiraient pas à remplacer leurs ainés sur le marché du travail, puisque ceux-ci seraient nettement moins nombreux.

Pendant des années on a constaté et nommé ce qui se passe en ce moment… mais personne ne semble avoir eu l’idée de réfléchir à des stratégies ou trouver des solutions en amont, donc avant que ça nous pète en pleine face ? Pourtant, certaines entreprises s’en sortent mieux que d’autres. Mais lesquelles ?

Ce ne sont pas celles qui recrutent à l’international, puisqu’elles ont pour la plupart débuté leur processus en 2018 et que les travailleurs recrutés ne seront pas prêts avant probablement 2019.

Ce ne sont pas celles qui recrutent parmi les retraités, puisque la plupart de ceux qui acceptent de retourner sur le marché du travail le font à temps partiel.

En Abitibi-Témiscamingue par exemple, ce ne sont pas celles qui offrent de meilleurs salaires… les salaires sont bons presque partout en région.

Alors qui ? Quel est le dénominateur commun des entreprises qui, aujourd’hui, ne ressentent pas les effets de la « pénurie de main-d’œuvre »?

Alors qui? Quelles sont les entreprises qui en ce moment reçoivent suffisamment de candidatures lorsqu’elles affichent une ouverture ? Qui sont les gestionnaires RH qui sont confiants de pouvoir remplacer un membre de leur équipe advenant une démission ? Il est peut-être trop tard pour certaines entreprises, mais je pense que la clé était de se préparer.

Les machines

Certaines des entreprises qui, il y a cinq ou dix ans déjà, ont décidé d’investir massivement dans l’automatisation et la robotisation de leur processus se retrouvent aujourd’hui avec des besoins moins grands en matière de main-d’œuvre. Au mieux, ils en ressentent les effets de façon beaucoup moins drastique. Le choix était probablement délicat, impopulaire et surtout coûteux à ce moment-là, mais il s’avère généralement payant aujourd’hui.

Une machine opérée par une personne qui fait le travail de deux ou trois… le calcul se fait facilement. L’opération de cette machine demande des compétences différentes, un entretien, de l’espace supplémentaire et des coûts d’opération différents j’en suis consciente. Mais ce sont des facteurs où les employeurs peuvent avoir une influence, contrairement à la moyenne d’âge de la population générale.

Le cœur

Voyant qu’il serait de plus en plus difficile de recruter, certaines entreprises ont aussi misé sur le bien-être au travail. Celles qui ont pensé, il y a une dizaine d’années qu’un collaborateur heureux serait loyal et parlerait en bien de son entreprise ont aujourd’hui bien meilleure réputation que les autres. Peu importe où on se retrouve dans le monde, c’est une condition essentielle.

J’ai récemment eu la chance de discuter avec M. Patrice Dubois, fondateur d’Humanify360 qui était de passage à Rouyn-Noranda pour parler de ses pratiques en matière de recrutement. Il m’a confié avoir pris un taxi pour rejoindre son hôtel et, une fois s’être informé sur les raisons de son voyage, le chauffeur s’est mis à lui parler – principalement en mal – de bien des entreprises de la région. En moins de 15 minutes, M. Dubois savait précisément où il ne devrait pas postuler. Dommage puisque toutes les entreprises dont il a été question dans cette conversation ont présentement au moins un poste d’affiché. Il s’agit de rumeurs, bien sûr, mais un candidat ayant l’embarras du choix ne prendra peut-être pas le temps de valider l’information.

Contribuer au bonheur de son équipe, c’est s’assurer que ses principaux ambassadeurs rayonnent tellement fort que le recrutement se fera de lui-même. Les statistiques sont claires, les générations qui sont en ce moment sur le marché du travail n’ont pas la même notion de loyauté que les générations précédentes. Pour donner à son équipe le goût de rester en leur laissant le droit de quitter s’ils ne sont pas heureux, les entreprises doivent user de stratégies innovatrices correspondant à leurs besoins.

Ainsi, considérant que la situation était prévisible relativement au changement démographique qui s’opère depuis plus de cinquante ans.

Considérant que tout le monde cri à la pénurie de main-d’œuvre mais que la majorité des entreprises ne consacre aucune ressource à temps plein au « recrutement » ou encore à la culture de leur entreprise.

Considérant que tout est à notre disposition pour faire de nos entreprises un endroit attrayant, stimulant, sécuritaire, accueillant et surtout, actualisant.

Je ne vois pas pourquoi on continuerait de se plaindre au lieu d’agir.

Prendre un temps d’arrêt, réfléchir à nos pratiques, se questionner sur nos valeurs, établir une raison d’être, voir ce qui nous définit réellement, et surtout, réaliser que les entreprises existent non seulement pour leurs clients, mais aussi pour leurs équipes.
Bonne réflexion. Bonne mise en œuvre! Il n’est jamais trop tard pour bien faire

Marie-Pier Plante

One Response

  1. Helene Arseneault dit :

    C’est vraiment vrai ce qui se passe, étant moi-même proche de la retraite, je visualise beaucoup le problème, je travaille dans un CH, il y a un sérieux problème au niveau des RH, qui eux demeurent sur la hiérarchie, au lieu de détendre l’elastIque ils aiment mieux rester dans leur position et le rendre encore plus raide.

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *