Les Poupées Russes

Blog créatif

Les Poupées Russes

FAIRE AUTREMENT

La boîte. Quelle boîte ?

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu l’expression « penser en dehors de la boîte ».

À de nombreuses reprises, on me l’a imposé, cette fameuse boîte. D’abord à l’école où l’on se voit restreint dans un contexte, un plan de cours, une structure, etc. Tous les étudiants, s’ils veulent aspirer à la réussite, doivent s’y résigner. Le produit fini est, à mon avis, une cohorte de finissants moulés et formés de la même façon, mais qui devront tous affronter des situations différentes et complexes. Bien sûr, la théorie est importante et connaître l’historique nous permet de ne pas répéter les mêmes erreurs.

L’université est de loin mon expérience la plus enrichissante. Ces années m’ont permis de développer rigueur, autonomie, débrouillardise et esprit critique. Grâce à ces nombreuses heures de cours, je suis aujourd’hui reconnue et appréciée dans tous les milieux de travail où j’ai œuvré. Je me suis découverte, créée et développée dans cet environnement. Néanmoins, ce n’est pas ce qui m’a permis d’être efficace, créative et innovatrice. Encore moins d’être compétente.

Après l’université, il y a eu le travail. Une première expérience en lien avec ma formation s’est présentée assez rapidement et j’ai plongé dedans avec fébrilité et naïveté. Moi qui pensais avoir besoin d’un cadre, d’une structure afin de performer, j’ai été servi : procédures, politiques, règles, etc. Au début, les limites imposées ont été rassurantes car je savais que peu importe les initiatives que je prenais ou les décisions que je défendais, toutes seraient acceptées puisque je respectais les limites établies et connues du milieu. Rassurant pour une personne comme moi qui manquait, à ce moment-là, de confiance en ses capacités et aptitudes.

Mais la vie, professionnelle ou personnelle, dans cette structure n’est pas une vie créative et actualisante comme je le souhaitais. À trop vouloir respecter les limites, j’ai fini par m’y contraindre et rapidement réaliser qu’elles étaient omniprésentes et qu’elles contrôlaient la totalité de mes décisions. Comme si, de les savoir présentes ne devenaient plus une pensée rassurante, mais des frontières de plus en plus rapprochées. Une cage dont les barreaux se resserraient et où les possibilités d’en sortir faiblissaient à vue d’œil.

« THINK OUTSIDE THE BOX » QU’ILS DISAIENT.
Donc, pour pouvoir progresser, changer les choses, améliorer les processus comme j’étais si gênée de vouloir le faire, j’avais l’impression non seulement de devoir connaître précisément les limites, mais également de savoir comment les franchir.

Plus tard, dans une entreprise qui me permettait d’innover, je me suis retrouvée dans un dilemme similaire. La fameuse boîte existait toujours, mais on me permettait enfin d’ouvrir le couvercle, de regarder autour et d’explorer les frontières… J’avais enfin l’opportunité de voir si certaines des réponses, des idées, des solutions que j’avais en tête et qui sortaient un peu du cadre pourraient en fait se retrouver dans les limites acceptables de l’organisation, sans toutefois subir de dommages collatéraux.

DES POUPÉES RUSSES.

Je m’y plaisais, au début. J’avais le sentiment que je pouvais – enfin – utiliser ma créativité et mon plein potentiel. Pendant un certain temps, j’ai même eu l’impression de faire progresser les équipes, services et organisations où j’étais impliquée. J’ai compris à ce moment-là que faire une différence positive dans la vie des gens qui m’entourent faisait partie de ma mission.

Puis, progressivement et parfois sournoisement c’est comme si on avait mis une 2e boîte par-dessus la première et, beaucoup plus rapidement que j’aurais pu le prévoir, mon processus décisionnel est devenu un jeu de « Poupées Russes ». Aussitôt une barrière franchie, une nouvelle apparaissait. Dépasser les limites quand je les connais possède à mes yeux quand même certains avantages : le doux sentiment d’innover sans le risque d’assumer qu’on se cassera peut-être la gueule. Rassurant, mais sans grande satisfaction selon moi. Du moins pas à long terme. Et la réponse à l’innovation n’est pas là. Et puisqu’à répéter les mêmes actions, on obtient les mêmes résultats… ces limites sont un obstacle pour trouver des solutions créatives et innovantes.

« THINK LIKE THERE WAS NO BOX »

Les limites, quand vient le temps d’être créatif, ont toujours été pour moi un obstacle et une décennie m’a été nécessaire pour comprendre.

Et puis, à travers discussions, lectures et, surtout, échecs, j’en suis venu à me dire que le problème, ce n’était pas de connaître les limites, d’avoir des limites claires ou de « penser en dehors de la boîte ». Le problème, c’est le fait que la boîte existe, tout simplement. Ladite boîte et ses 6 faces représentent des barrières et dans un processus de créativité et de recherche de solutions, c’est un obstacle plus qu’une stratégie à mon avis.
Lors d’un processus créatif, ces limites peuvent être contraignantes.

En retirant la boîte, ou en ne l’imposant pas au départ, on laisse place aux idées les plus farfelues, incohérentes et hors champs. Ces idées, pour répondre à des problèmes où toutes les réponses standards ont été essayées, s’avèrent souvent des solutions au contraire intelligentes et cohérentes.

Marie-Pier Plante

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